Pour comprendre l'émergence et la persistance du moulin à rouet volant dans la vallée du
Veyre, il est indispensable d'analyser le substrat physique sur lequel cette technologie
s'est déployée. Le moulin est avant tout une réponse architecturale et mécanique à des
contraintes environnementales strictes.
Le Ségala Lotois : Une Île
Cristalline
Le département du Lot est souvent associé à l'image des Causses, ces vastes plateaux
calcaires secs, perméables, où l'eau s'infiltre pour circuler en rivières souterraines. Le
Ségala, situé à l'extrémité nord-est du département, offre un contraste saisissant avec ce
modèle. Il constitue géologiquement l'avant-poste du Massif central.
La Nature des Sols
Le substrat du Ségala est composé de roches métamorphiques et magmatiques : schistes,
gneiss, micaschistes et granites. Cette géologie a deux conséquences fondamentales pour
l'économie rurale et l'implantation des moulins.
L'Imperméabilité : Contrairement au
calcaire, ces roches ne laissent pas l'eau s'infiltrer. Les précipitations, abondantes sur
ces reliefs accrochant les flux d'ouest, ruissellent en surface. Cela engendre un réseau
hydrographique extrêmement dense, ramifié en une multitude de ruisseaux et de rivières,
créant un potentiel énergétique diffus mais omniprésent.
L'Acidité et la Froideur des Sols : La
décomposition de ces roches donne des sols siliceux, acides et pauvres en calcaire.
Historiquement, ces terres étaient inhospitalières pour le blé froment, culture noble
exigeant des terres riches. Elles étaient en revanche favorables au seigle, céréale rustique
qui supporte l'acidité et le froid. C'est cette culture dominante qui a donné son nom à la
région : Segala, la terre à seigle.
Le Veyre : Artère Vitale du
Haut Ségala
Le Veyre est la rivière structurante de notre zone d'étude. Affluent de la rive droite du
Célé, il appartient au grand bassin versant de la Garonne via le Lot. Prenant naissance dans
le département du Cantal, sur la commune de Parlan, à une altitude d'environ 695 mètres, il
s'écoule globalement du nord vers le sud sur une longueur de 32,9 kilomètres.
Le régime du Veyre est de type pluvial océanique à influence montagnarde. En hiver et au
printemps, les précipitations abondantes et la fonte des neiges gonflent la rivière. En été,
le débit s'effondre. Cette variabilité extrême est la contrainte majeure pour la meunerie.
Le meunier ne disposait pas d'une force constante.